• Philippe AUER

Etude approfondie sur les tendinopathies d'achille.

Mis à jour : 11 déc. 2020


Définition et caractéristiques de la tendinopathie d’Achille


La tendinopathie d’Achille est la cause la plus commune de douleur postérieure du talon (1). Ces dernières années la diversité de classification et de nomenclatures, parfois opposées, pour les troubles du tendon d’Achille rendent difficile sa compréhension (2, 3).


De manière générale on retrouve le mot tendinopathie qui est un terme se référant aux conditions cliniques en dedans et en dehors du tendon en relation avec une sur-utilisation de ce dernier(4). Cela inclut les pathologies qui devraient être diagnostiquées avec un examen histopathologique comme la tendinose qui est une dégénération du tendon sans signes cliniques ou histologiques d’inflammation dans le tendon, la tendinite qui correspond à une inflammation du tendon et la paratendinite qui se caractérise par un œdème aigu et une présente abondance ou congestion de sang du paratendon avec infiltration de cellules inflammatoires (4,5).


On note une différence entre la tendinopathie de la portion moyenne du tendon d’Achille localisée anatomiquement entre 2 et 7 cm de l’insertion du tendon d’Achille sur le calcanéum et la tendinopathie d’insertion du tendon d’Achille ou enthésopathie, localisée à l’union de ce tendon et de l’os calcanéum (2).


La tendinopathie d’Achille est caractérisée par la combinaison de douleur et gonflement du tendon d’Achille accompagné de la détérioration de la capacité pour réaliser des activités physiques importantes (6).


Selon Dorie et Lagniaux (3) les tendinopathies peuvent se classifier en utilisant la classification de Blazina. Le stade 1 correspond à la présence de douleur après l’effort sans répercussion sur l’activité physique. Dans le stade 2 nous avons la présence de douleur à l’échauffement qui s’atténue avec le suivi de l’effort pour ensuite réapparaître après l’exercice. Le stade 3 est caractérisé par une douleur durant et après l’activité avec une altération progressive du rendement sportif. Pour finir le stade 4 correspond à une rupture tendineuse avec une impuissance fonctionnelle importante (7).


Jusqu’à aujourd’hui il n’y a pas d’accord sur la définition de douleur chronique, qui de manière générale se réfère à une douleur de plus de trois mois sans amélioration avec les traitements utilisés (8).


Pertinence du problème à étudier


Les coureurs ont une prévalence très importante à souffrir de lésions sportives. En effet des études épidémiologiques nous informent que 25% à 75% des coureurs souffrent d’une lésion dans une période d’un an (10).

La tendinopathie d’Achille a été constamment reportée comme une des lésions les plus souffertes par les courreurs (10,11).

En général la récupération d’une tendinopathie d’Achille peut prendre jusqu’à un an et présente une forte tendance à la récurrence particulièrement dans la phase initiale de retour à la pratique sportive (12).


Causes et facteurs de risques des tendinopathies d’Achille.


Les facteurs de risques des tendinopathies d’Achille sont très nombreux et hétérogènes (13). On parle d’un processus multifactoriel qui nécessite au jour d’aujourd’hui plus de recherches pour une meilleure connaissance de son développement et de sa progression (6).

En général il est considéré que l’étiologie de la tendinopathie d’Achille résulte de la combinaison de facteurs de risques intrinsèques et extrinsèques (13).

Dans les facteurs de risques extrinsèques on trouve la sur-utilisation du tendon d’Achille comme dans la pratique d’un sport par exemple (13). D’autres facteurs comme la présence d’erreurs et d’un excès d’entrainement, le manque d’étirement, les conditions environnementales, des chaussures non adaptées sont à prendre en compte (13,14).

Il a été aussi observé que la consommation de drogue augmente le risque de développer cette pathologie (13).

Les facteurs de risques intrinsèques sont également très importants. On va retrouver l’âge, le sexe, le poids corporel, la capacité des tissus à réguler leur température, les maladies systémiques, l’apport suffisant en sang (13,15).

La génétique aussi comme facteur de risques intrinsèques peut comme le démontrent différentes études prédisposer les individus à avoir une probabilité plus importante de développer une tendinopathie d’Achille chronique (13).

Des altérations biomécaniques comme une dysfonction de l’arc transversal du pied (16) et une limitation de la flexion dorsale de la cheville (17) sont des facteurs de risques intrinsèques à prendre également en compte.


Traitements actuels


De premier abord le traitement est toujours conservateur et permet d’avoir pour de nombreux patients de très bons résultats. Si les conditions cliniques ne s’améliorent pas après 6 mois de traitement conservateur, la chirurgie est indiquée (3,18).

Les traitements conservateurs sont nombreux et c’est pour cela que seuls les plus pertinents et les plus fréquemment rencontrés dans les articles scientifiques sont indiqués dans cette partie.


Prévention

La prévention commence par de petits détails comme l’utilisation de chaussures adaptées. En effet l’usage de chaussures qui absorbent bien l’impact du pied au sol durant la course permet de réduire le risque d’avoir une tendinopathie d’Achille (19).


Ultrasons

Plusieurs études démontrent les effets positifs des ultrasons dans le traitement des tendinopathies d’Achille. Une étude réalisée sur des patients avec un ultrason de faible intensité explique que l’utilisation de cet appareil pour la tendinopathie épicondylienne médiale ou latérale et pour la tendinopathie d’Achille contribue à une diminution significative de la douleur associée une augmentation de la fonctionnalité (20).


Injection de plasma riche en plaquettes

Des études réalisées mettent en avant l’effet bénéfique de l’injection de plasma riche en plaquettes dans le traitement de la tendinopathie d’achille (21).


Injection de corticoïdes

L’usage des injections locales de corticoïdes est très polémique parce que différentes études ne montrent pas d’effets bénéfiques à son utilisation et quand il en apparaît, il s’agit d’effets à court terme. En plus de nombreux cas de ruptures du tendon d’Achille s’observent chez des patients suivant ce traitement (1,22).


Ondes de choc

Les ondes de choc sont très utilisées pour le traitement des tendinopathies d’Achille. Leurs efficacités est mise en avant par différentes études tant sur le plan de la fonctionnalité que sur le plan de la douleur (23).


Exercices excentriques.

Les exercices excentriques sont le traitement conservateur le plus commun dans le monde de la kinésithérapie (24). Ils améliorent de manière efficace les symptômes de cette pathologie et leurs cliniques (25). Ils permettent d’agir sur la biomécanique du tendon pour diriger l’orientation du collagène dans le processus de prolifération et de maturation du tendon (26). Ils sont aussi considérés comme le traitement le plus efficace pour traiter cette pathologie alors que pour certains patients ils ne sont vraiment efficaces que lorsqu’ils sont combinés avec d’autres thérapies (25). Des recherches futures seraient intéressantes pour obtenir le protocole le plus efficace pour l’application de ces exercices parce qu’il n’est actuellement pas encore développé (27).

Selon Habets, une évidence importante fut trouvée dans le protocole original excentrique de Alfredson réalisé dans l’étude de très bonne qualité scientifique de Rompe et al. suivante : “Eccentric Loading, Shock-Wave Treatment, or a Wait-and-See Policy for Tendinopathy of the Main Body of Tendo Achillis A Randomized Controlled Trial” (28).


Dans ce protocole les patients sont debout sur la pointe des pieds dans un escalier. Ces derniers doivent ensuite mettre tout leur poids sur la jambe en lésion et réaliser progressivement une flexion dorsale de la cheville pour descendre la jambe blessée et ainsi charger excentriquement les muscles du mollet blessé. A la fin la cheville est en position de flexion dorsale avec le talon dessous le niveau de la marche. Cet exercice se réalise de deux manières : avec le genou en extension pour charger excentriquement les gastrocnémiens et avec le genou en flexion pour charger excentriquement le soléaire. Les patients retournent après à leur position de départ à l’aide de leur jambe « saine » ou de leurs bras pour ne pas faire de contraction concentrique des muscles du mollet en lésion. Ils doivent faire 3 séries de 15 répétitions avec une minute de repos entre les séries, deux fois par jour. Cela nous donne au final de la journée 180 répétitions. Dans un premier temps ils travaillent seulement avec le poids du cors et ensuite la charge sera augmentée progressivement avec un sac à dos dans lequel des poids seront ajoutés. Les patients commencent avec une série de 10 répétitions le premier jour pour progressivement passer à 3 séries de 15 répétitions le septième jour. Si les patients présentent une douleur légère ou modérée il est conseillé qu’ils continuent les exercices mais si cette dernière est insupportable la recommandation est qu’ils arrêtent les exercices (27).


Traitements chirurgicaux

Un curetage avec ablation des calcifications et des nodules intratendineux associé à un peignage du tendon est réalisé. Cela peut également être combiné avec une greffe intertendineuse de muscles comme le plantaire ou le long fibulaire. Les temps d’immobilisation post-chirurgicaux peuvent également être diminués en utilisant une technique moderne par endoscopie (3).


Traitement en ostéopathie pariétale ou structurelle

L’ostéopathie est actuellement classée par l’OMS comme une médecine traditionnelle ou également appelée médecine complémentaire. Au jour d’aujourd’hui il n’existe pas de définition unique pour le mot « ostéopathie » qui est considéré comme une science, une philosophie et une manière de procéder pour le diagnostic et le traitement. Un traitement global de l’appareil locomoteur des membres inférieurs et du bassin peut être effectué afin de diminuer les dysfonctions présentes (29).


Conclusion de la révision bibliographique


L’augmentation de personnes qui pratiquent du sport à un impact important sur l’apparition de nouveaux cas de tendinopathie chronique de la portion moyenne du tendon d’Achille. Le traitement structurel ostéopathique du membre inférieur et du bassin apparaît comme un traitement intéressant pour cette pathologie.


Pour toute information sur l'ostéopathie vous pouvez consulter la page ci dessous:

https://www.philippeauerosteopathe.fr/osteopathie




BIBLIOGRAPHIE

(1) Berner J, Zufferey P. Tendinopathie d’Achille. Rev Med Suisse. 2015; 11(465): 606-8.

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(16) Wnuk A, Mizia E, Rutowicz B, Walocha JA. Is there a relationship between functional at foot and prevalence of non-insertional achilles tendinopathy in joggers? - a pilot study. Folia Med Cracov. 2017; 57(3): 77-86.

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(29) Langer W, Hebgen E. Manuel d’ostéopathie. Paris: Editions Maloine; 2016.